Saxobambou en sib n°1

Saxophone en bambou

Quelques ennuis avec les cônes

Le 7 Clinamen 132 - La Main de Gloire , par EricW

Récemment, dans une brève, je vous ai parlé du début de la construction d’un sax en bambou, en partant d’un bambou de perce cônique. Puis je vous ai rapidement relaté mes ennuis suite au raccourcissement du tuyau pour l’accorder. J’ai un embryon se solution, et surtout d’explications sur les raisons de ces ces déboires.

Ça marchait, pis après ça marche plus !

Au départ, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles : un beau morceau de bambou légèrement cônique, un bec fabriqué dans un bambou plus petit et qui s’emmanche dans le gros, pas de problème. En plus le tout avait le bon goût de sonner comme un sax soprano, donc rien à dire.

À partir de là j’ai voulu évidemment raccourcir le tuyau pour l’accorder sur sa note basse (un sib). Et la, catastrophe ! L’odieu machin se met à sonner comme une clarinette ! ArGL ! Traîtrise !

A partir de là je n’ai plus eu qu’une seule question obsédante : pourquoi ?

Ah ben tiens oui, pourquoi au fait ?

J’ai fini par trouver un embryon d’explication. Dans un instrument à perce cônique, le cône n’est pas complet. Il en manque évidemment un morceau, qui correspond à l’endroit ou se situe le bec. En relisant des notes de cours de A.H. Benade sur l’acoustique des instruments à vent, je me suis rendu compte que le régime vibratoire d’une colonne d’air cônique change en fonction du rapport entre la longueur existante du cône sur la longueur manquante. Sans rentrer dans les détails (je le ferais plus tard car tout ça mérite approfondissement), il ne faut pas qu’il « manque » trop de cône.

Regardez le petit schéma suivant (qui vaut ce qu’il vaut : la valeur d’un crobar). L représente la longueur du cône existant réellement dans l’instrument et l la longueur du cône manquant.

PNG

Dans mon proto, au départ, le rapport L/l était suffisament grand pour que tout fonctionne correctement : j’étais alors proche du régime vibratoire d’un vrai sax. Mais ça devait déjà être limite. En raccourcissant l’instrument pour l’accorder, j’ai réduit L, et l lui n’a pas bougé. Résultat, L/l a décru, et il a du passer en dessous d’une valeur limite en dessous de laquelle le régime vibratoire change et n’est plus celui d’un sax [1]. Damned !

Je n’ai pas pris les mesures exactes des portions de cônes (pas facile à vrai dire, le bambou n’est pas vraiment un matériau régulier), mais je suis quasiment convaincu que c’est de là que venait le problème. Et la suite allait confirmer l’intuition.

Ahhh ! Ca remarche !

À partir de là, il fallait trouver une solution. Comme je ne pouvais pas « allonger » le tuyau, la seule solution pour retomber sur un ratio L/l convenable était d’augmenter la cônicité. J’ai d’abord pensé le faire en limant la perce côté pavillon pour récupérer un peu de cônicité. Le problème c’est qu’en procédant comme ça j’affaiblissais le matériau et je courrais droit à la casse.

J’ai pensé alors à une deuxième solution : Couper une partie de la perce (geste qui m’a demandé pas mal d’abnégation), et la remplacer par une partie de plus gros diamètre que je puisse fixer par emboitement sur la partie restante. C’est ce que j’ai fait, et alors là miracle ! L’engin s’est remis à sonner comme un sax. Évidemment ce n’est plus un vrai cône mais la succession de deux parties légèrement tronc-côniques. Mais ça marche.

Plus qu’à attaquer le problème des trous, qui devrait être un peu facilité en considérant que j’ai affaire à deux « presque cylindres »

Je vous tiens au courant.

Notes

[1] En gros on se rapproche d’un cylindre...

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